NEUROBIOLOGIE de l’AMOUR : de la PASSION à la SEXUALITÉ !

Fév 5, 2023 | Amour, Neurosciences, Passion, Sexualité

Article mis à jour en juin 2026

L’amour et le coup de foudre ont-ils des bases biochimiques communes ? Pourquoi la passion ne dure-t-elle pas ? Que se passe-t-il chimiquement lorsque l’on fait l’amour ? C’est autour de ces interrogations que je vous invite à voyager en terre hormonale.

Une proposition résumée différenciant les hormones sécrétées pendant le désir, la phase d’attraction et celle de l’attachement. L’amour et le sentiment amoureux quand à eux : ils ne se logent pas dans une case : c’est l’expérience consciente et vécue qui émerge des trois systèmes, surtout de l’attraction et de l’attachement. Le moléculaire en est la traduction, non la cause unique — et l’amour, au sens plein, dépasse le ressenti, et implique le relationnel et l’histoire partagée.

Notes de vocabulaire :

« Molécules messagères » regroupe ici des familles distinctes : des neuropeptides (ocytocine, vasopressine, endorphines), des neurotransmetteurs monoaminergiques (dopamine, sérotonine, noradrénaline) et des hormones (testostérone, œstrogènes, cortisol, gonadotrophines). Une même molécule peut agir comme hormone dans le sang et comme neuromodulateur dans le cerveau — ces termes décrivent des rôles, non des catégories étanches.

Les trois systèmes — désir, attraction, attachement — d’après Fisher, Aron & Brown (2006). Ils se chevauchent et interagissent : on peut désirer, être passionné et attaché en même temps.

SYSTÈME 1: LE DÉSIR

Système du désir et de la libido: Pulsion sexuelle, élan vers le corps de l’autre

MOLÉCULES MESSAGÈRES:

  • Testostérone: Principal moteur du désir sexuel « de fond » (la libido au long cours), chez les hommes comme chez les femmes. Elle n’est toutefois pas à l’origine de l’effervescence des débuts : celle-ci relève du système de l’attraction (dopamine). En début de relation, le taux de testostérone se modifierait même de façon transitoire — en baisse chez l’homme, en hausse chez la femme —, comme si l’état amoureux rapprochait momentanément les profils hormonaux des deux sexes, comme s’il atténuait certaines différences. Une hypothèse avancée est que cette baisse de testostérone chez l’homme favoriserait des comportements moins centrés sur la conquête et plus tournés vers le lien, l’attachement, le soin — bref, qu’elle servirait la formation du couple plutôt que la seule pulsion sexuelle.
  • Œstrogènes: Participent au désir et à la réceptivité sexuelle ; elles préparent le corps (lubrification, afflux sanguin génital, sensibilité),  et amplifient la libération de dopamine dans le circuit de récompense, rendant les signaux sexuels plus motivants — d’où le pic de désir autour de l’ovulation, quand l’œstradiol est au plus haut. Mécanisme cellulaire précis surtout établi chez l’animal ; chez l’humain, l’imagerie confirme que l’œstradiol module bien le circuit de récompense, la démonstration portant surtout sur la récompense en général plus que sur le désir sexuel en propre.
  • Ocytocine: Libérée pendant les rapports et au moment de l’orgasme ; renforce l’attachement au partenaire sexuel. C’est une molécule transverse, on la retrouve dans les 3 systèmes
  • Gonadotrophines (FSH, LH): Hormones hypophysaires agissant sur les gonades ; impliquées dans la fertilité et la reproduction. Eles ne sont pas un signal de désir en soi, mais elles commandent aux gonades de produire les stéroïdes sexuels (testostérone, œstrogènes) qui, eux, agissent sur le désir.

SYSTÈME 2: L’ATTRACTION

État amoureux intense, début de relation

MOLÉCULES MESSAGÈRES:

  • Dopamine: Motivation et récompense : crée l’élan vers l’autre, le « manque », l’euphorie et l’énergie (rester éveillé une partie de la nuit pour parler à l’être aimé). Active le circuit de récompense (aire tegmentale ventrale, noyau caudé).
  • Noradrénaline: Molécule de l’éveil : accélère le cœur, aiguise la vigilance et l’attention vers l’être aimé, coupe l’appétit et le sommeil. Partenaire d’excitation de la dopamine, dont elle dérive chimiquement. La dopamine porte la motivation et la récompense (l’élan, le « manque ») ; la noradrénaline ajoute l’activation physiologique (accélération du cœur, attention, etc.). C’est le duo qui produit l’état exalté et survolté des débuts ! À forte activation, elle peut en outre réduire le contrôle réflexif du préfrontal au profit des réponses émotionnelles. On réagit alors plus impulsivement, avec moins de recul critique
  • Sérotonine: Baisse pendant les premiers stades de l’élan amoureux, à des niveaux comparables à ceux observés dans les TOC (troubles obsessionnels compulsifs). Cette chute nourrit l’aspect obsédant : la pensée revient sans cesse vers le partenaire. Ces niveaux se normalisent ensuite, à mesure que la phase obsédante s’estompe. Ce résultat repose toutefois sur un petit échantillon (n = 20) et une mesure indirecte (sérotonine plaquettaire) : une piste solide, mais à confirmer.
  • Ocytocine: Fortement libérée dès les premiers mois ; participe à l’ancrage du lien et oriente la perception : sous son effet, le partenaire est perçu comme plus attirant qu’il n’apparaît aux yeux des autres — un biais positif qui nourrit l’idéalisation
  • Cortisol: Plus élevé dans l’état amoureux naissant : reflet de l’excitation et du « stress » qui accompagnent la formation d’un nouveau lien
  • Phényléthylamine: Souvent associée au coup de foudre dans la littérature populaire (famille des amphétamines, effet stimulant supposé). Hypothèse non étayée : il n’existe pas de preuve solide de son rôle dans l’amour romantique.

SYSTÈME 3: L’ATTACHEMENT

Lien profond et durable

MOLÉCULES MESSAGÈRES:

  • Ocytocine: Favorise le lien et l’attachement, la confiance envers l’être aimé. Tend à diminuer l’agressivité et à augmenter la sociabilité.
  • Vasopressine: Impliquée dans le lien durable et la fidélité (monogamie). Données surtout issues de modèles animaux (campagnol) ; plus partielles et nuancées chez l’humain.
  • Endorphines / opioïdes: Procurent le sentiment apaisant et sécurisant du lien installé : c’est la théorie opioïde de l’attachement. Cela rejoint la distinction wanting / liking : la dopamine porte le « vouloir », les opioïdes le « plaisir » du lien.
  • Dopamine: Reste impliquée dans le lien établi : chez des couples mariés depuis plus de 20 ans et toujours intensément amoureux, les régions dopaminergiques de la récompense (ATV, striatum) s’activent encore, comme au début. Elle entretient la joie, l’énergie et l’attention portée à l’autre. 

 

 

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